De l'anis au pastis  ( Jean-Yves Royer )

" Nous devons manger si nous voulons vivre, mais pour ouvrir l'appétit, avant de manger il faut boire, plutôt qu'un mauvais pastis, un Ricard, le flambeau des anis secs ".

C'est sans doute la consonance typiquement méridionale du mot te sa sonorité voisin du mot anis qui l'a poussé à le réutiliser quelques années plus tard ....
 
Extraits du livre "Un alambic au pied de la montagne"  de Jean-Yves Royer

Parler au quotidien - Pastiche / Pastis
  • La pâte, tout le monde sait ce que c'est. Que ça vienne de paster (bas latin emprunte au grec) n'intéresse personne. Mais c'est plus intéressant si l'on regarde ce que donne cette racine quand elle a trempé pendant des siècles dans une influence italienne ou provençale : "pastis et pastiche".
  • " Pastiche " dérive, au début du XVIIIeme siècle, de l'italien "pasticcio", au sens propre : pâte, au sens figure : affaire embrouille. Et "pastiche s'emploie d'abord, en français, dans le vocabulaire de la peinture pour designer ce qu'on appellerait, aujourd'hui, "plagiat", c'est-a-dire la "contrefaçon" d'un tableau. Ensuite, plus généralement, le pastiche ne souligne qu'un désir d'imitation et il passe au vocabulaire musical puis littéraire.
  • En musique, le pastiche a un sens tout a fait particulier : souvent sous sa forme italienne (pasticcio), il désigne un opéra particulier : soit (c'est rare) chaque acte a été écrit par un compositeur différent, soit c'est la pratique du "pot-pourri" (ce mot était également utilise et non péjoratif) : des airs très connus des différents opéras sont liés et enchaînés, avec un livret original et un nouveau plan, élabores pour la circonstance.
    Et puis pastiche prend son sens actuel (en musique comme en littérature) : imitation plutôt parodique d'un style : "a la manière de...". Tout ce pastiche-la vient de la langue savante et artistique.
  • Par contre, le pastis qui dérive non de l'italien mais du provençal, est reste dans le parler populaire. Le " pastis ", comme le pasticcio, c'est un terrible méli-mélo, un gâchis monstrueux. Cf. "l'affreux pastis de la rue des Meules" qui montre qu'on a la même nuance en provençal et en italien. Quel pastis ! C'est donc quel embrouillamini ! Quel gâchis, quel potage !
    C'est de la que vient le nom de la boisson et non le contraire, comme on le croit généralement depuis que ce breuvage a presque éclipse les autres sens du mot : l'essence alcoolisée d'anis se trouble au contact de l'eau, d'ou le nom de pastis qu'on donne a cet apéritif depuis les années 20.
  • "Pastaga" : reformations familière, est restée très argotique, faussement méridionale (il parait que c'est du provençal de Paris) ... bien que le sens de "quel bourbier, quelle embrouille !" soit fortement senti.
  • JOURNAL ET REVUE DE PRESSE RFI -DIFFUSES PAR LA MISSION SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE  DE L'AMBASSADE  DE FRANCE AUX ETATS-UNIS 07/08/97